Le phénix textile renaîtra-t-il de ses cendres roubaisiennes encore brûlantes?  Et pourquoi pas ?

Un jour, Annick Jehanne est arrivée boulevard Jean Lebas à Roubaix. Comme certains voient la Vierge, elle a eu la révélation d’une usine textile là, entre la gare et la mairie. Pas ailleurs. L’idée peut sembler folle. Mais l’ex-directrice de l’offre de Jacqueline Riu qui fut aussi directrice textile de Quelle n’a rien d’une illuminée. Consultante, enseignante, créatrice d’une marque de vêtements… Si cette spécialiste du business de la mode est convaincue par son projet, qui n’aurait pas envie d’y croire?

Bien au chaud dans l’incubateur Innotex, sous les lampes à incandescence du Centre européen des textiles innovants (CETI), Annick Jehanne travaille sur Hubmode. Une fusée à deux étages. D’abord, la formation à distance, à base de cours digitaux, de vidéos, d’échanges avec les professeurs, d’ateliers dédiés au textile et à l’innovation. Production, marketing, création… « Nous voulons former des gens aux nouveaux métiers et mettre en adéquation les compétences avec les offres d’emploi. » Annick Jehanne pense opérateurs de machine 3D ou micro-entrepreneurs de la mode.

Voilà pour la visite du rez-de-chaussée. Le premier étage est habité par l’idée d’une usine textile nouvelle génération. « Avec Arielle Lévy, de la marque « L’Herbe rouge » installée à Maisons de mode, nous voulons créer un endroit à Roubaixpour fabriquer des mini-séries à destination des créateurs qui ne savent pas où produire. Il ne s’agit pas de refaire une usine textile telles qu’elles existaient ou telles qu’elles existent dans d’autres pays. Ça ne marcherait pas avec les méthodes traditionnelles. Il faut adopter de nouvelles techniques de fabrication, la gestion assistée par ordinateur, la découpe laser… On pourrait collaborer avec des artistes, avec la Plaine Images, avec des couturières à domicile. Grâce à la RFID, on serait informés en temps réel de l’avancée du travail pour aller collecter les vêtements. On peut créer des emplois rapidement. On commence à 10 et dans 5 ans, on est 500 ! »

Annick Jehanne envisage dans un second temps de lancer une marque de vêtements. Le projet est ambitieux mais affûté. « Tout a été repéré. On sait où sont les machines. On a identifié les compétences. Une fabrique de denim vient d’ouvrir à Amsterdam. Ça m’énerve que d’autres pays s’emparent de telles idées. En matière de mode, on est le pays le plus légitime. On est les meilleurs, il faut le rester ! »

Publié le 05/06/2014

Par Valérie Sauvage

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